Recherche pédagogique ► Légendes des Gorges du Tarn et des Grands Causses


Les Gorges du Tarn

Lieu de pratique pour les adeptes des activités de pleine nature (randonnée pédestre, canoë, kayak, escalade, spéléologie...), ce coin de pays captive aussi l'oeil et l'esprit.

Cités ruiniformes, dolmens, vestiges néolithiques des Causses, falaises sculptées, troglodytes, arcs et voûtes des demeures, lacets de routes vertigineuses, donjons perchés sur promontoires, terrasses et vergers, jardins et berges... autant de pièces d'un paysage autour duquel tournent mémoire et imaginaire.

Ainsi ce recueil présente treize récits liés à l'histoire et au légendaire. Leur rédaction s'est appuyée sur plusieurs sources littéraires citées en notes et bibliographie.
En parallèle sont reportés quelques éléments d'études scientifiques, données géologiques, faits historiques ou ethnologiques qui apparaissent dans l'édition papier. Un aperçu de la toponymie locale complète ce recueil.

Sommaire

De la source à la légende de Sainte Enimie

L'histoire de Sainte Enimie est tirée de l'oeuvre de Bertran de Marseille, troubadour du XIII° siècle. Malgré son nom, Bertran n'était pas provençal mais originaire du Causse Méjean. L'historien occitaniste André Soutou retrouva les ruines de Marcilia, une demeure fortifiée à 500 mètres à l'ouest de Volcégur, où le poète naquit.

Bertran de Marseille, qui s'appuie sur le légendaire des bénédictins installés depuis le X° siècle dans les Gorges du Tarn, fait remonter les faits au VII° siècle et présente Enimie comme la fille du roi Clotaire II et soeur du roi Dagobert, bien qu'aucune preuve confirme cette parenté.

Mais laissons nous prendre au charme imaginaire de cette princesse mérovingienne.

Tous les grands seigneurs du royaume chaque jour venaient la voir. Mais elle ne prêtait nulle attention aux contes, aux marquis, aux rois, ses prétendants. Elle servait les pauvres, leur donnait nourriture et vêtements. Elle soignait les lépreux, boiteux, aveugles, les lavait et les couchait. Vêtue d'habits grossiers, elle dédaignait la pourpre et le santal.(1)

Ainsi sa beauté n'a d'égal que sa vertu. La princesse se voue à Dieu et refuse d'admettre la perspective d'un mariage.
Ses parents n'ont cure de sa résolution : ils n'hésitent pas à préparer ses épousailles avec un riche noble.

Alors Enimie s'en remet à Dieu. Elle prie, supplie et le Tout-Puissant exauce son voeux de chasteté, il lui envoie un terrible mal qui ronge son corps : la lèpre.
Sans doute ne reste-t-il que le pur éclat de son regard pour rappeler sa beauté condamnée. Ses prétendants se volatilisent, et l'époux fortuné rompt sa promesse. Isolée par cette hideuse maladie mais acceptant le prix de sa liberté, Enimie se consacre avec ferveur à la prière.

Les années passent jusqu'au jour où, troublant sa solitude, un ange lui apparaît.
Ce messager divin l'invite à gagner les montagnes du Gévaudan. Là-bas, elle trouvera la fontaine de Burle, source jaillissante de la rivière du Tarn, où elle se baignera pour que les eaux limpides viennent effacer l'empreinte de la lèpre.

C'est le grand départ avec une importante suite de seigneurs, de chevaliers, de hauts barons, avec dames et demoiselles qui doivent servir la fille du roi.(1)

Après plusieurs lunes, la caravane atteint le haut plateau du Causse de Sauveterre, puis le cortège entame une descente ardue par des chemins abrupts.
A la faveur d'une halte, Enimie saisit les bribes d'une discussion entre deux vachers à l'accent coloré. Ils cherchent leurs vaches, s'interrogent sur leur escapade. Peut-être sont-elles allées boire à la fontaine de Burle ?
La fontaine de Burle ! Ces mots résonnent à l'oreille d'Enimie. Aux deux paysans, elle offre des présents. Ils la conduisent vers la source miraculeuse.

Enime ôte ses vêtements, s'avance dans l'eau aigue-marine et le prodige annoncé par l'ange se produit : la lèpre quitte le corps de la princesse et ses compagnons de route saluent sa touchante beauté.

Avec eux, Enimie serait rentrée joyeuse vers la demeure de son père si la calamité n'était revenue la frapper. Après avoir gravi le sentier escarpé de la vallée au causse, voilà que la lèpre à nouveau brûle ses chairs et dans un grand désarroi plonge le cortège. Désemparée, Enimie exprime sa tristesse, s'indigne en s'adressant au seigneur : pourquoi une seconde fois ?
C'est encore la nuit peuplée d'étoiles qui lui apporte la réponse : tourner le dos à Paris, revenir à Burle.

Et l'on quitte cet endroit où sera plus tard le village de Dègnes (ou Dignas) ainsi nommé en souvenir de cette "indignation" passagère de la sainte.(1)

Trois fois mise à l'épreuve, Enime comprend qu'elle ne doit s'éloigner de Burle, qu'auprès de la fontaine est désormais son destin. Et la sainte s'installe à l'abri d'une baume, une de ces larges cavernes ouvertes dans les falaises du Sauveterre.

Elle y vécut solitaire, fidèle à son époux céleste, et dans ce site alors désert et sauvage, dit la légende, elle entreprit de fonder un foyer de religieuses.

(1) D'après Gustave Thérond, Contes languedociens, cité par C. Ragache, Des loups en France, légendes et réalités, Paris, Aubier Montaigne, 1981.

Légendes des Gorges du Tarn et des Grands Causses - Format : 21x15 cm - 118 pages - 8.50 €


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